Construire l’estime de soi chez l’enfant : de l’importance de l’acceptation

Offrir de la sensibilité et de la disponibilité aux enfants et adolescents que nous accompagnons comme intervenants psychosociaux dans le secteur de l’aide à la jeunesse, aide ceux-ci à réguler leurs émotions et leurs comportements et leur permet de développer de la confiance.  Disponibilité et sensibilité restaurent petit à petit la sécurité affective chez ces enfants.

Un troisième élément nécessaire pour que ces enfants/adolescents (re)trouvent de la sécurité affective est qu’ils puissent développer une bonne estime d’eux-mêmes. Pour Schofield et Beek, cet objectif nécessite, notamment de la part des intervenants que nous sommes, une acceptation inconditionnellede ces jeunes bénéficiaires de nos services.

L’origine de la faible estime d’eux-mêmes qu’ont les enfants et les jeunes que nous accompagnons est à la fois complexe et souvent profondément enracinée. Ainsi, les parents de ces enfants/adolescents peuvent :

  • Manquer de chaleur dans leurs contacts
  • Avoir beaucoup de mal à accepter un bébé agité ou un enfant qui fait de l’opposition
  • Être animés de peurs profondes que leur enfant les rejette comme leurs propres parents les ont rejetés 
  • Développer de grosses colères, dire des choses très dures quand leur enfant n’obéit pas
  • Être effrayant et donc susciter de la peur chez l’enfant plutôt que de la sécurité
  • Provoquer de multiples séparations avec leur enfant

Quelles pensées, quelles émotions développent les enfants/adolescents pour tenter de s’adapter à ces comportements parentaux ? Souvent, ils ont tendance à penser qu’ils sont responsables de ces comportements négatifs et par conséquent, ils doutent de pouvoir être bons, d’avoir le droit d’obtenir des soins aimants et de les mériter.  Ils se perçoivent comme « méchants » voire « dangereux » et « méritent » les punitions qu’on leur donne.  Dans les situations les plus extrêmes, certains de ces enfants/adolescents donnent même l’impression d’adopter délibérément des comportements suscitant des réactions négatives chez les adultes et d’être satisfaits quand l’adulte sort de ses gonds car, au moins là, ils sont face à quelque chose de prévisible et qu’ils connaissent.

Comme intervenants dans notre secteur, nous avons tous été confrontés à ces enfants/adolescents qui se montrent critiques, résistants, hostiles à notre égard.  Et nous avons tous connus des moments d’impuissance, de disqualification, de déception qui viennent toucher notre estime propre, au moins comme professionnels.

Quelles « postures » d’intervenants et quelles interventions pouvons-nous mettre en place afin de développer l’estime de soi chez ces enfants/adolescents ?

Il est d’abord essentiel que, par le biais de notre disponibilité et de notre sensibilité, l’enfant puisse réguler ses émotions et développer sa confiance (voir articles sur la sensibilité et sur la disponibilité).  Sans cela, son estime de lui-même ne peut réellement croître.

Ensuite, nous devons accepter le paradoxe que l’acceptation totale des incapacités de l’enfant va nous permettre de nous concentrer sur son potentiel et ses propres capacités de développement.  Cela nécessite aussi de fixer des objectifs personnalisés, réalistes et réalisables par rapport à son niveau de développement.

Ainsi, nous tenterons de transmettre des messages d’acceptation inconditionnelle, quels que soient ses humeurs et même ses agissements en veillant à bien distinguer les comportements qui sont inacceptables de l’individu lui-même, qui restera toujours une de nos préoccupations.

Citons quelques pistes très concrètes de ces postures d’acceptation et de décodage :

  • Intensifier les manifestations de disponibilité et de sensibilité
  • Établir des liens entre les premières expériences de vie de l’enfant et ses difficultés actuelles afin de ne pas prendre « personnellement » « contre soi » les comportements difficiles voire destructeurs.
  • Souligner les forces au moment où elles sont visibles : « J’ai vu que tu faisais attention aux petits du groupe en les aidant à table. Merci » ou « F. m’a dit que tu avais été bon en classe lors de ton exposé, tu dois être content de toi ?! » 
  • Apaiser l’enfant avec des commentaires d’acceptation des difficultés rencontrées : « J’aurais dû te laisser souffler un peu avant d’entamer les devoirs, je pense que ça t’aurait fait du bien … »
  • Utiliser des mots, un ton de voix, des gestes par lesquels l’enfant peut sentir qu’on apprécie d’être en contact avec lui, même face à des comportements plus difficiles
  • Fournir des commentaires rassurants par rapport à ce que nous montre l’enfant et lui demander son avis à lui
  • Refuser d’entrer dans le rapport de force : « nous valons mieux tous deux que de nous battre l’un avec l’autre »
  • Créer une culture telle que les points forts de chacun sont reconnus
  • Nommer que faire des erreurs, avoir des défauts est normal et que ce n’est pas pour ça qu’on n’est pas accepté : « Tu as vu, moi, là, je sais que je ne fais pas comme tout le monde mais c’est comme ça que ça m’énerve le moins »
  • Saisir toutes les opportunités pour soutenir l’enfant dans ses propres centres d’intérêts. Par ex : écouter sa musique même si on déteste cela.
  • Soutenir l’enfant dans ses tentatives pour développer des centres d’intérêts. « Dis, j’ai remarqué que tu dessinais beaucoup, tu aurais envie d’aller plus loin là-dedans ? » ou « Dis, j’ai remarqué que tu dessinais beaucoup, je t’ai donc acheté du matériel plus spécifique que les crayons que tout le monde utilise »

Un élément vient toutefois complexifier notre travail : ces enfants se sentent souvent menacés et gênés quand ils sont complimentés. Comme intervenants, il va donc falloir y aller en douceur (et en lenteur) et veiller à bien décoder ces signes de malaise et de gêne afin d’adapter nos réactions pour que l’enfant puisse finalement tirer des bénéfices de nos paroles valorisantes. Apprendre à l’enfant qu’il n’a pas à se sentir mal par rapport à ce qu’il peut accomplir et par rapport aux domaines dans lesquels il ne brille pas et l’aider à intégrer cognitivement et affectivement qu’il est aimé pour ce qu’il est, tel est le défi que nous, intervenants psychosociaux du secteur de l’aide à la jeunesse avons à relever avec beaucoup d’enfants et d’adolescents que nous accompagnons.

Victor Pelsser & Christine Degraux