Aider l’enfant à avoir confiance : de l’importance de la disponibilité

Précédemment, nous avons évoqué toute l’importance de la restauration de la sécurité affective pour les enfants et les adolescents que nous rencontrons comme intervenants psychosociaux de l’aide à la jeunesse.

Un premier moyen explicité dans un article précédent, nommait l’importance de la sensibilité afin d’aider l’enfant ou le jeune à réguler ses émotions et son comportement.

Un second élément essentiel, pour la restauration de la sécurité affective, est d’aider les enfants et les adolescents que nous accompagnons comme intervenants psychosociaux dans le secteur de l’aide à la jeunesse, à avoir confiance en l’adulte ou en l’autre et en lui.  Atteindre cet objectif nécessite que nous développions de la disponibilitéauprès de ces enfants/adolescents à savoir que nous soyons présents non seulement physiquement mais aussi et surtout psychiquement.

Les enfants et les adolescents que nous rencontrons dans notre secteur ont souvent manqué de soins constants et de protection de la part de leurs parents. Ces derniers ont pu réagir à la détresse de leur enfant par de la frustration, de l’anxiété, du rejet, des colères imprévisibles parfois chargées de menaces.  Si ces expériences relationnelles ont été régulièrement répétées, l’enfant peut associer la proximité à des sentiments de peur, de confusion et d’impuissance.  Il peut avoir du mal à croire qu’un adulte sera disponible pour lui et répondra à ses besoins de manière constante, cohérente d’une fois à l’autre et sécurisante. Par conséquent, par rapport aux nouveaux adultes qui s’occupent de lui, cet enfant/adolescent peut :

  • Mettre de la distance
  • Réclamer une attention constante
  • Se sentir démuni
  • Vouloir tout contrôler avec détermination
  • Se protéger des aspects douloureux des relations proches plutôt que d’y prendre plaisir
  • Vouloir « casser » la relation

Ainsi, comme intervenant psychosocial, faire preuve de disponibilité physique, psychique et émotionnelle,de chaleur, de constance et de fiabilité peut aider les enfants et les adolescents à reconstruire leur confiance envers les adultes et envers eux-mêmes, à croire en leurs compétences dans le domaine relationnel.  Toutefois, pour changer les attentes des enfants et renforcer leur confiance envers les adultes, les intervenants vont devoir réfléchir aux expériences antérieures des enfants et à la manière dont il est possible de faire évoluer leurs comportements et réactions actuels.

Pour Schofield et Beek, atteindre cet objectif est un réel défi : il s’agira de les aider à intégrer l’idée que les adultes peuvent « servir à » satisfaire leurs besoins et à prendre soin d’eux en toute sécurité notamment en servant d’interlocuteur relationnel.

La manière dont l’intervenant psychosocial de l’aide à la jeunesse pourra montrer sa disponibilité à l’enfant est en lien non seulement avec le vécu mais aussi avec l’âge de ce dernier.  Nous vous proposons quelques pistes concrètes …

De la naissance à 18 mois

Pour survivre au mieux dans un contexte défavorable, certains bébés peuvent être sans énergie, sans expression, dormir beaucoup et même ne pas se réveiller pour être nourris.  Nous pouvons

  • Énoncer leurs propres besoins : « tes pleurs montrent combien tu es fatigué, je te raconte une histoire et puis tu iras à la sieste … »
  • Leur parler d’un ton apaisant et les regarder dans les yeux
  • Les réveiller doucement pour les nourrir
  • Les stimuler avec douceur (ton, objets tiers, approche…) même s’il paraît satisfait d’être laissé seul durant de longues périodes.
  • Lui parler même lorsqu’on n’est pas dans la même pièce tout en veillant à respecter des moments de silence total pour qu’il se repose.

Par contre, d’autres bébés peuvent être constamment agités, ne pas faire face à la séparation de l’adulte même pour quelques minutes, montrer des besoins de proximité tout en ne s’apaisant que difficilement, ne pas tolérer les câlins et rejeter l’intimité offerte.

Il faut beaucoup de temps et d’énergie émotionnelle pour arriver à montrer à ces nourrissons que leurs besoins seront toujours satisfaits, qu’il y aura toujours un adulte chaleureux et familier à portée de main pour soulager une gêne ou une détresse.  Avec ces nourrissons, il est important de :

  • Trouver un degré minimal de proximité sans que le bébé ne soit gêné, par exemple, caresser sa main ou son pied pour bâtir discrètement la relation
  • Offrir du rapprochement physique par le biais d’objet tiers comme un jouet en peluche ou une marionnette
  • Anticiper et rapidement traiter tout ce qui est de l’ordre de la détresse et de la confusion
  • Réserver à un nombre restreint d’adultes les soins principaux du nourrisson : nourrir, changer les langes, endormir …
  • Permettre que l’environnement puisse être exploré avec plaisir et en toute sécurité et sans trop d’intervention de l’adulte (mais en présence de l’adulte qui peut être occupé à faire autre chose)

De 18 mois à 4 ans

Les enfants de cet âge, s’ils ont été confrontés à peu de disponibilité de la part de leurs parents, ont régulièrement des difficultés à faire preuve de comportements qui sont en accord avec leurs émotions : soit ils font semblant d’exprimer des émotions alors qu’ils ne les ressentent pas (par ex. rire alors qu’ils ont mal) soit ils nient leur propre ressenti. Donc Ils peuvent induire les adultes en erreur concernant leurs besoins.  Pour que l’enfant perçoive une réelle et saine disponibilité chez l’intervenant, il est important de :

  • Développer, comme intervenant, des capacités pour distinguer les besoins sous-jacents à un comportement difficile, puis les satisfaire
  • Bien négocier les contacts (même et surtout ceux qui paraissent anodins) pour accroitre la confiance plutôt que l’anxiété, à savoir regarder l’autre, utiliser un ton et un volume de voix adéquats …
  • Fournir de l’intimité et des soins nourriciers en aidant l’enfant à se laver, à se nourrir, à s’habiller …
  • Utiliser les événements particuliers qui éveillent les besoins d’attachement, par exemple, lorsque l’enfant est malade.  On peut rappeler le vécu et les ressentis de ces moments de plus grande proximité dans d’autres interactions

De 5 à 10 ans

Les enfants de cet âge qui ont été malmenés dans les relations avec leurs parents sont préoccupés par des questions existentielles auxquelles ils vont apporter leur réponse :

  • Peut-on m’aimer et est-ce que toi qui t’occupes du moi, tu m’aimes ?
  • Pourquoi papa et maman ont-ils agi ainsi ?  Ne m’aiment-ils pas assez ?  Ne suis-je pas suffisamment aimable ?
  • Non seulement je ne suis pas « aimable » mais je suis incompétent pour communiquer vu qu’on ne semble pas me comprendre.

Pour l’adulte, cela va induire de :

  • Devoir tenir compte du degré d’intimité et de distance que l’enfant peut tolérer (son espace vital est peut-être très petit ou au contraire très étendu
  • Utiliser les moments de repas, de bain, du coucher, de jeu, de calme 
  • Consacrer au quotidien du temps à jouer, parler, se promener, mener des activités ensemble, … MAIS aussi se préserver des moments seuls
  • Continuer à fournir un certain degré de disponibilité physique et émotionnelle auprès de l’enfant qui signale son besoin ou son anxiété par un comportement négatif plutôt que de l’isoler (« On ne punit jamais un enfant par une rupture relationnelle »)
  • Utiliser des calendriers pour permettre à l’enfant de prévoir et d’anticiper les événements et y inclure les noms des personnes présentes si nécessaire
  • Aider l’enfant à trouver des moyens de garder en lui la présence réconfortante de l’adulte quand il est séparé de lui, à l’aide d’un objet ou d’une photo, d’un rituel …
  • Placer une petite surprise sur le lit de l’enfant pendant qu’il est à l’école pour lui montrer qu’on a pensé à lui durant la journée
  • Questionner comment s’est passée sa journée et être réellement à l’écoute

L’adolescence (de 11 à 18 ans)

Les adolescents dont les débuts dans la vie ont été perturbés ont davantage tendance à dissimuler leurs ressentis.  Ces jeunes peuvent devenir soit de plus en plus passifs, voire incapables d’initiatives soit développer une expression émotionnelle excessive avec des éclats verbaux et physiques.  Ils peuvent aussi souvent passer d’un état à l’autre.  

La disponibilité des intervenants devra permettre à ces adolescents de résoudre le dilemme suivant : Ils doivent découvrir le monde extérieur, le monde des pairs mais avoir suffisamment de confiance en eux que pour le faire, or celle-ci leur manque souvent.  Comme intervenant, nous devons signifier à cet adolescent qu’il est une personne estimée et importante.  

Pour ce faire nous pouvons :

  • Poser de petits gestes tels que : cuisiner le plat préféré de l’ado, chauffer la salle de bain quand on sait qu’il va y aller, le conduire à une activité ou aller le rechercher …
  • Rester aux côtés d’un adolescent qui se montre hostile 
  • Éviter d’entrer dans une escalade hostile en lui disant qu’on ne veut pas se battre avec lui, même si on n’est pas d’accord, qu’on refuse de répondre à ses provocations par de la violence, …

Donc, quel que soit l’âge de l’enfant/adolescent, aider celui-ci à avoir confiance par le biais de la disponibilité que nous allons lui offrir comme éducateur, assistant social, psychologue, intervenant dans le cadre de l’aide à la jeunesse nécessite : 

  • D’être en alerte quant aux signaux des enfants et adolescents en termes de recherche de proximité, de protection et d’exploration
  • D’avoir l’enfant à l’esprit, avec son histoire, ses expériences de vie, ses vécus relationnels pour anticiper et satisfaire ses besoins physiques et émotionnels même et surtout s’il utilise peu de signaux pour les manifester.
  • D’essayer d’éviter autant que possible de faire deux choses en même temps lorsqu’il s’adresse à nous.

Si vous souhaitez découvrir et appendre d’autres démarches qui aident l’enfant à avoir confiance, n’hésitez pas à nous demander la formation « Aborder l’enfant et son développement par la théorie de l’attachement ».

Victor Pelsser & Christine Degraux