4 leviers pour travailler le sentiment de compétence parentale

En tant que professionnel, nous sommes fréquemment face à des parents épuisés qui décrivent leurs enfants comme insupportables. Ces parents nous adressent de multiples questions pour savoir COMMENT FAIRE pour que leurs enfants obéissent, écoutent, gèrent leurs émotions … Ils semblent en attente de recettes toutes faites. C’est un peu comme si le professionnel, de par sa formation et son expérience, disposait d’une baguette magique capable de tout régler rapidement. Même si nous avions envie d’y répondre, nous pouvons nous questionner : comment ces parents appliquent ces « solutions » s’ils se perçoivent comme « de mauvais parents incapables d’y arriver » ? Comment persévèrent-ils face aux comportements difficiles de leur enfant en vivant un sentiment d’échec dans leur parentalité ? Comment conservent-ils l’envie de réagir différemment s’ils ne croient plus à l’impact positif de leurs comportements sur celui de l’enfant ? 

Ces questions nous permettent d’aborder le concept du sentiment de compétence parentale, c’est-à-dire la confiance en soi des individus dans leur rôle de parent. Plus précisément, Il renvoie à la perception qu’ont les parents de leurs capacités à influencer positivement le comportement et le développement de leur enfant. Contrairement à ce que nous pourrions penser, cette confiance en soi en tant que parent n’est pas innée ; elle évolue en permanence. Elle dépend des expériences concrètes vécues par celui-ci dans la relation avec son enfant. Toutes les situations où nous avons l’impression d’avoir réussi dans notre rôle parental viennent renforcer notre confiance ; et à l’inverse, lorsque nous vivons, à répétition, des situations d’échec face à nos enfants, nous nous sentons de moins en moins capables de les éduquer. 

Mais pourquoi est-il si important d’avoir confiance en ses compétences parentales ?

La confiance en soi des parents impacte directement deux dimensions majeures de la parentalité : la capacité à persévérer face aux difficultés dans son rôle de parent et la motivation à s’engager dans ce rôle.  Indispensables de façon générale, ces deux dimensions le sont encore davantage lorsqu’il s’agit de faire face à des enfants plus complexes à comprendre. Le sentiment de compétence parentale impacte également directement les comportements des parents, c’est-à-dire leurs pratiques éducatives. Au plus ils se sentent capables d’y arriver, aux plus les parents présentent des comportements positifs, adaptés et soutenants vis-à-vis de l’enfant. A l’inverse, lorsque ceux-ci ne croient plus en leur pouvoir éducatif, ils recourent à des pratiques plus dures, plus contrôlantes et plus coercitives. Dans ce cas, le faible sentiment de compétence des parents enclenche un cercle vicieux. En effet, celui-ci les amènent à adopter des comportements moins adéquats vis-à-vis de l’enfant, augmentant la probabilité que ce dernier développe des troubles du comportement. Ces troubles viennent à leur tour encore déforcer la confiance en soi des parents. En résumé, le parent qui se sent compétent s’investit plus largement dans les tâches éducatives et crée des interactions plus positives avec l’enfant. Sa satisfaction parentale est plus élevée, son stress réduit, et sa persévérance meilleure lorsqu’il doit affronter des situations pénibles.

Comment intervenir pour améliorer la confiance en soi des parents ?

Le sentiment de compétence parentale est heureusement une représentation modifiable sur laquelle nous pouvons intervenir en tant que professionnel pour améliorer les relations parent-enfant. Quatre leviers thérapeutiques sont disponibles pour y parvenir. 

Le premier concerne les expériences actives de maitrise, c’est-à-dire toute les expériences passées et présentes, de réussites ou d’échecs, vécues par le parent dans la relation avec son enfant. Aider le parent à se remémorer les situations « où il y est arrivé » et centrer son attention sur les domaines de la parentalité où il se sent compétent constituent des pistes d’intervention. Ce levier est considéré comme le plus influant. 

Le second fait référence aux expériences vicariantes, c’est-à-dire au fait d’observer un autre parent engagé dans des tâches éducatives. Par comparaison avec ces « modèles », qui peuvent se trouver eux aussi en situation d’échec ou de réussite, le parent évalue ses propres capacités à surmonter les situations auxquelles il est confronté. Les modèles les plus influents émanent de la famille et de l’entourage proche (conjoint, grands-parents, frères et sœurs, amis, etc). Questionner le parent sur les modèles auxquels il se compare et l’aider à observer d’autres interactions parent-enfant pour comprendre qu’il n’existe pas une seule bonne manière de faire constituent des pistes d’intervention. 

Le troisième levier est la persuasion verbale. Il s’agit des feedbacks reçus par le parent de la part de personnes proches et significatives. Ces commentaires portent sur la manière dont ils exercent sa parentalité, les caractéristiques de son enfant et la qualité de leurs interactions. Par exemple, les remarques négatives de l’institutrice à propos du comportement difficile de l’enfant en classe affaiblissent le sentiment de compétence du parent. À l’inverse, recevoir des commentaires positifs à propos de cet enfant de la part d’une amie contribuera à le renforcer. L’influence de la persuasion verbale varie en fonction de la personne qui fournit le feed-back : plus elle est perçue comme légitime, compétente, fiable et proche du parent, plus l’influence est importante. L’utilisation du vidéo-feedback comme outil d’intervention est dans ce cas très pertinente, permettant au professionnel de renvoyer des commentaires positifs au parent tant sur son comportement que sur celui de son enfant. 

Le quatrième et dernier levier repose sur les états physiologiques et émotionnels du parent. Lorsqu’elles sont ressenties avant d’interagir avec l’enfant, la colère, l’irritation ou la frustration, sont susceptibles de nuire au sentiment de compétence. Prenons l’exemple d’un parent confronté quotidiennement à des tensions au moment du bain. En regardant sa montre et en imaginant que l’heure du bain approche, le parent peut déjà ressentir une accélération du rythme cardiaque ou penser « ça y est, c’est le pire moment de la journée, on va encore se disputer ». L’anticipation d’une interaction négative avec l’enfant, ressentie dans le corps, réduit la perception qu’a le parent de ses capacités à dépasser ces difficultés dans cette situation. Une première piste thérapeutique consiste à aider le parent à repérer ses pensées et sensations corporelles automatiques qui viennent affaiblir sa confiance en lui. Ensuite, il est important de chercher, ensemble, comment mieux gérer ce vécu émotionnel par des stratégies concrètes afin d’éviter les réactions automatiques souvent inadéquates.

Je ne suis pas psychologue et mon contexte de travail ne permet pas d’accompagnement thérapeutique, alors que puis-je faire ?

Améliorer la confiance en soi du parent est possible dès la première rencontre. Elle est fonction de notre positionnement professionnel. Pour un parent, se sentir écouté, compris, non jugé et découvrir un espace de parole bienveillant constitue une première étape importante dans la construction d’un lien parent-professionnel. Ce lien devient progressivement une véritable alliance qui augmente l’impact de nos interventions. Celle-ci peut être favorisée si le professionnel félicite le parent pour sa démarche de discussion et l’encourage à maintenir ces échanges et ces questionnements. La manière dont le professionnel se présente, la position basse qu’il décide de prendre et les attitudes qu’il pose vis-à-vis des enfants de ce parent sont également importantes. En effet, comment se dire qu’on est un bon parent face à un professionnel qui se présente « comme expert et qui sait ce qu’il y a à faire » ? Comment se sentir compétent lorsque celui-ci minimise les comportements difficiles de mes enfants en déclarant qu’ils sont tout à fait normaux ? Comment avoir confiance en soi lorsque que celui-ci déclare « je vais vous montrer comment faire, ce n’est pas si difficile ! Il suffit de remettre du cadre » ? A l’inverse, un professionnel qui reconnait les difficultés liées à la parentalité et qui place le parent comme expert de ses propres enfants favorise déjà le sentiment de compétence parentale. De plus, par la reconnaissance des émotions exprimées par le parent et son empathie, le professionnel peut ainsi, sans outils thérapeutiques concrets, déjà renforcer la confiance en soi du parent et le rendre acteur du changement.

En conclusion 

A côté de notre indispensable travail sur les comportements concrets des parents, le concept du sentiment de compétence parentale vient souligner l’importance de travailler également « ce qui se passe dans la tête des parents » en terme de REPRESENTATIONS et de CROYANCES vis-à-vis de leur rôle parental.

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